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Le parcours du collectif

 Au départ...

"Jouer de la collusion entre le verbe du pouvoir, sa morgue, et les chants qui s’élèvent, signaux faibles mais tenaces, les appels…
Entendre par d'autres voix la parole des "puissants ", en comprendre les aboutissants, la réalité que ces paroles fabriquent.
Comment ne pas enfermer le regard de l'autre dans une didactique tout imposée, ne pas imposer encore une « dictature de la narration », tenter encore, tenter d’élucider le réel, ses abysses.

Travailler par montage sur l’hétérogénéité de textes d'actualité, de fragments de discours et de verbe politique, de poésies.
Porter une matière hypothétique, instable et temporaire de textes issus des médias et des discours du contexte actuel, interchangeables, éphémères.
Jouer dans tous les circuits de granges, caves et garages, lieux improbables et catastrophiques où la logique comptable est inconnue, où le débat est possible, l'insoumission légitime, où sans relâche se manifestent la force et la conviction du possible.
Jouer de ces lieux, dans ces lieux." Août 2007, le collectif



Quand nous avons crée le Collectif Permaloso en 2007, nous étions dans la nécessité de nous ré approprier un présent du monde qui nous semblait noyé dans les  flux perpétuels de l'information, du vacarme qu'elle engendre et de l'aliénation médiatique qu’elle génère. 

Nous nous sentions devenir malades, atteints, dépossédés de l'Histoire en train de s'écrire, de notre propre histoire, du bien commun qu'elle constitue. Nous nous sommes emparés de cette matière médiatique, du relais qu'elle opère sur (et avec) le langage du pouvoir, pour mieux la mettre à distance, la séparer de nos corps et de nos affects, pour mieux la disséquer et l'éclairer d'autres langues, d'autres langages, ceux-là poétiques, philosophiques ou cinématographique.


Les créations-laboratoires



ARGENCRATIE (2013) évoque « Le balcon »  de Jean Genet qui peut être à la fois un espace commercial / espace désirant et un espace purement théâtral : le lieu où se révèle la perversion, où l’illusion de la représentation elle-même se pervertit, le lieu de la monstration du pire de nous même. Un faux cabaret tendu de velours rouge, où l’on viendrait pleurer sur le présent du monde, en découpant de vrais oignons, une place publique où se confronte fiction et réalité, un espace théâtral inversé, où le public prend place sur le plateau, les gradins devenant alors la projection symbolique d’une société hiérarchisée.








IMMIGRATION 2010/2013, bienvenue dans un monde de chien : face à la déferlante d’actes et de paroles xénophobes nous nous sommes attelés depuis 2010 à un travail de suivi de la politique d’immigration européenne. Ce travail malheureusement n’a pas de fin, tout comme la marchandisation des corps n’a pas de fin. Au banquet des accords de Shengen nous avons mêlés la parole d’un Césaire et d’un Quignard.








 


  l’ŒIL DE RIEN (2011), un projet qui s’est noué avec  L’éducation populaire et la LDH et qui questionne le tout sécuritaire. Ici se joue par effets de miroitements, un aller retour entre réalité et fiction, l’anticipation permettant de réaliser au plateau des lieux surveillés, interconnectés. Nous avons fait le constat d’un monde où l’image est omniprésente, qu’est-ce que dès lors la fiction ou le cinéma peuvent révéler de ce présent où la surveillance devient première marchandise ? 











 
MONDO CANE (2008), est le  premier spectacle du collectif. Il s’est agi d’examiner comment le corps était atteint par l’immédiateté du fonctionnement des médias, et au travers de leurs raccourcis et habitus de langages érigés en air du temps, comment s’opérait une véritable dictature de pensée, une paupérisation de notre sentiment de réalité. Ici nous avons invité Beckett, Müller, Pasolini et Ginsberg à l’assemblée nationale, à l’université du MEDEF et à la Banque Mondiale.












Argencratie, corporated cloportes©


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ARGENCRATIE / Note d’intention


Le capitalisme est un système en crise permanente. 
Anselm Jappe


La crise financière, leitmotiv de début de siècle, n'est pas le produit d'une fatalité, mais d'une ignorance partagée, n’est-elle pas la crise du capitalisme même ?

Depuis un an nous travaillons à décortiquer la question économique.  Nous nous sommes amusés à tordre la langue des VIP de l'expertise, et avons portés une oreille attentive aux voix discordantes. Nous avons tenté une écriture propre à cette histoire, l'histoire singulièrement tragicomique de l’enchaînement des faits et gestes de la finance aux commandes mondiales.



Que reste-t-il dès lors au politique ?

Que devient le corps social ?

Comment peut-on encore travailler, comment le travail nous fait-il, nous travaille t’il ?

Travaillés par l’argent, que devient notre perception du temps et de la réalité ?



Nous n’avons tenté aucune réponse, mais interrogé un système et ce que deviennent les corps quand ils sont impliqués dans la question du mercantilisme fait système ; ce peut être simple et complexe, monstrueux, voir incompréhensible mais c’est à rire et à pleurer tant la bêtise qui gouverne et s’octroie le monde est crasse.





J'ai trouvé une faille dans l'idéologie capitaliste. Je ne sais pas à quel point elle est significative ou durable, mais cela m'a plongé dans un grand désarroi
Alan GreenspanPrésident de la FED(Banque centrale américaine)1987 – 2007




ARGENCRATIE /Début de dramaturgie



Parmi les éléments qui brouillent la compréhension du monde de la finance, il y a tout d’abord un premier paravent à désocculter : sa complexité supposée, qui empêcherait le commun des mortels d’y comprendre quoi que ce soit. Ensuite il y a le dénigrement systématique de toute pensée critique faite à une science qui se voudrait exacte ; l’économie néo libérale.

Notre réel, notre espace d’action est donc malheureusement tissé de fausses évidences. Pour le donner à voir, nous nous sommes obligés à mastiquer la langue sèche et triviale des communicants en marketing :

Tout les matins faut se lever, faut s'arracher, faut le prendre son oseille sur la journée, c'est pas aisé hein ?... Et je vous jure, c'est plein de satisfaction. Donc, je vous jure, c'est ça la vraie vie, c'est ça auquel on va se préparer, vous le savez ça, hein, c'est hyper important que vous ayez ça en tête. on est en train de préparer aussi votre confiance d'accord? La connaissance de vous-même. pour pouvoir avancer il faut avancer sur des certitudes. j'ai bien dit des certitudes. est-ce que vous avez tant de certitudes que ça sur vous?
Extrait d'une préparation au concours d'HEC


Et aux clichés nous avons ajouté encore d’autres évidences :

Caroline Young : Il faut permettre aux entreprises une plus grande flexibilité, de manière à ce qu’elles puissent créer sereinement des emplois lorsqu’elles en ont besoin.
Intervieweur : Et donc ça veut dire aussi, pouvoir licencier - plus facilement ?
Caroline Young : Absolument !
Playback de la présidente d’Expert Connect, cabinet de lobbying



Comment ne pas penser à la fameuse phrase du Guépard :  
Il faut que tout change pour que rien ne change 

 ARGENCRATIE explore une dramaturgie ouverte, où l’aléa du montage des situations croise et génère des contenus inattendus par juxtapositions brutales des citations, et ouvre de nouvelles voies de réflexion



ARGENCRATIE /La finance comme spectacle, kaléidoscope de vanités



Si j'ai de l'argent j'ai les moyens d'être moi, si je cherche les moyens d'avoir de l'argent je suis cohérent avec moi, je deviens cohérent, je deviens uni.
Si je pense à l'argent je suis moi,

je suis au plus proche de moi,

je deviens constitutif.

C’est un effondrement des bavardages inutiles.
Christophe Tarkos, L’argent






Chaque jour, le « système économie » se survit à vue, et c’est cette survie qui se donne en spectacle dans tous les médias.

La gouvernance mondiale est basée sur l’exploitation systématique de tout ce qu’il y a d’automatique en nous, l’exploitation par le travail, l’automatisme de la technique aussi bien que l’automatisme de notre cerveau reptilien. Détruisant désir et sociabilité et déliant les pulsions.



 Nous qui sommes vides sans affaires, sans rien, nous qui avons toutes les possibilités qui s’ouvrent devant nous pour avoir de l’argent, nous sommes des possesseurs de l’argent. La loi est l’unique brutalité. Christophe Tarkos



 

Il nous reste à interroger le rapport entre d'un coté le bordel financier véhiculé par les médias, et de l'autre la psychologie d’impuissance qui construit notre présent social, là où notre fétiche démocratique ne semble plus d’aucun secours et où les slogans de nos dirigeants deviennent état de fait.

Nous nageons entre deux mondes, nous savons tous que notre temps est un temps intervallaire,un chemin incertain, démocratie est aussi aujourd’hui un mot intervallaire et incertain, un mot qui ne sait pas d’où il vient et où il va, ni même à proprement parler ce qu’il signifie, un mot qui ne fait que couvrir notre désir passif de confort,la satisfaction où nous sommes de notre misère partielle.
Alain Badiou




ARGENCRATIE / Scénographie

 

Le bordel c'est le lieu où se fixe et s'évalue le prix moyen du désir
Alain Badiou




ARGENCRATIE évoque « Le balcon »  de Jean Genet qui peut être à la fois un espace commercial / espace désirant et un espace purement théâtral : le lieu où se révèle la perversion, où l’illusion de la représentation elle-même se pervertit, le lieu de la monstration du pire de nous même. Un faux cabaret tendu de velours rouge, où l’on viendrait pleurer sur le présent du monde, en découpant de vrais oignons, une place publique où se confronte fiction et réalité, un espace théâtrale inversé, où le public prend place sur le plateau, les gradins devenant alors la projection symbolique d’une société hiérarchisée.



Au centre trône la démocratie, l’idée de liberté encore à vendre, l’urne « élective » assiste et survit à l’indignation des faits, de la crise, de la montée des extrêmes et de leurs spectres sur la scène européenne. La démocratie instrumentalisée prend ici le rôle du premier des spectateurs, le miroir où tout se réfléchit, et que devient-elle alors, la démocratie, là où l’Histoire est la résultante de la collusion entre des strates d’histoires dont la logique n’est que pure cupidité ?


Je crois que l'on voit poindre la lumière au bout du tunnel. En Europe, nous nous complaisons dans le doute. C'est une attitude très négative que nous devons changer. Notre propre expérience nous a montré la difficulté d'imposer une politique courageuse de réformes face à une vague de manifestations. Mais si l'on garde le cap, les peuples s'en portent mieux au bout du compte.
Guido WESTERWELLE, Ministre allemand des affaires étrangères, 2012


La démocratie survit elle à ceux-là qui la vilipende ?





ARGENCRATIE / Le temps comme dommage collatéral





Un système qui se justifie et se renforce dans la seule nécessité d'obtenir des gains à court termes est un bon produit d'appel, le temps qu'il faut pour être critique, penser et construire n'est plus d'aucune importance : il est déjà vendu. Nous avons braqué le projecteur sur ce scénario aux visions court termistes mises bout à bout. Tout est comme si, effectivement, le temps nous avait été dérobé. Reste cette phrase de Walter Benjamin comme un recours :


Au soir du premier jour de combat, on vit en plusieurs endroits de Paris, au même moment et sans concertation, des gens tirer sur les horloges.
                  

Ecritures collectives extraites de : 
Alain Badiou
« Quelques images du temps présent », conférence à la Sorbonne, France Culture, 2013

François Ruffin
« Vive la banqueroute », écriture collective

Boris Carré et François-Xavier Drouet
«  L’initiation », verbatim extrait du film, 2008

Alain Resnais,
« Je t’aime, je t’aime », verbatim extrait du film, 1968

Ecriture collective
« Gommettes cochon » d’après un témoignage, France culture, 2013

Christophe Tarkos,
« L’argent », extraits, 1999

Pascal Quignard
« Les solidarités mystérieuses » en projection, 2011

Interview de Caroline Young, présidente d’Expert Connect
France Inter, « Là-bas si j’y suis », playback,  2013

Liliane Bettencourt et Patrice De Maistre, enregistrement
Frenchleaks, playback, 2010

Pierre Sarton du Jonchay,
« La plus grande arnaque juridico mathématique de tous les temps », Paul Jorion.com 2013

Ecriture collective
« Intérieur berline noir », 2013

Pierre Carles
« Le désarroi esthétique », verbatim, 1996

Walter Benjamin

Jean Genet
« Le balcon », 1956




ARGENCRATIE 
Corporated.cloportes ©