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Le parcours du collectif
Au départ...
"Jouer de la collusion entre le verbe du pouvoir, sa morgue, et les chants qui s’élèvent, signaux faibles mais tenaces, les appels…
Entendre par d'autres voix la parole des "puissants ", en comprendre les aboutissants, la réalité que ces paroles fabriquent.
Comment ne pas enfermer le regard de l'autre dans une didactique tout imposée, ne pas imposer encore une « dictature de la narration », tenter encore, tenter d’élucider le réel, ses abysses.
Travailler par montage sur l’hétérogénéité de textes d'actualité, de fragments de discours et de verbe politique, de poésies.
Porter une matière hypothétique, instable et temporaire de textes issus des médias et des discours du contexte actuel, interchangeables, éphémères.
Jouer dans tous les circuits de granges, caves et garages, lieux improbables et catastrophiques où la logique comptable est inconnue, où le débat est possible, l'insoumission légitime, où sans relâche se manifestent la force et la conviction du possible.
Jouer de ces lieux, dans ces lieux." Août 2007, le collectif
Quand nous avons crée le Collectif Permaloso en 2007, nous étions dans la nécessité de nous ré approprier un présent du monde qui nous semblait noyé dans les flux perpétuels de l'information, du vacarme qu'elle engendre et de l'aliénation médiatique qu’elle génère.
Nous nous sentions devenir malades, atteints, dépossédés de l'Histoire en train de s'écrire, de notre propre histoire, du bien commun qu'elle constitue. Nous nous sommes emparés de cette matière médiatique, du relais qu'elle opère sur (et avec) le langage du pouvoir, pour mieux la mettre à distance, la séparer de nos corps et de nos affects, pour mieux la disséquer et l'éclairer d'autres langues, d'autres langages, ceux-là poétiques, philosophiques ou cinématographique.
ARGENCRATIE (2013) évoque « Le balcon » de Jean
Genet qui peut être à la fois un espace commercial / espace désirant et un
espace purement théâtral : le lieu où se révèle la perversion, où l’illusion de
la représentation elle-même se pervertit, le lieu de
la monstration du pire de nous même. Un faux cabaret tendu de velours rouge, où
l’on viendrait pleurer sur le présent du monde, en découpant de vrais oignons,
une place publique où se confronte fiction et réalité, un espace théâtral
inversé, où le public prend place sur le plateau, les gradins devenant alors la
projection symbolique d’une société hiérarchisée.
IMMIGRATION 2010/2013, bienvenue dans un monde
de chien :
face à la déferlante d’actes et de paroles xénophobes nous nous sommes attelés
depuis 2010 à un travail de suivi de la politique d’immigration européenne. Ce
travail malheureusement n’a pas de fin, tout comme la marchandisation des corps
n’a pas de fin. Au banquet des
accords de Shengen nous avons mêlés la parole d’un Césaire et d’un Quignard.
l’ŒIL DE RIEN (2011), un projet qui s’est noué avec L’éducation populaire et la LDH et
qui questionne le tout sécuritaire. Ici se joue par effets de miroitements, un
aller retour entre réalité et fiction, l’anticipation permettant de réaliser au
plateau des lieux surveillés, interconnectés. Nous avons fait le constat d’un
monde où l’image est omniprésente, qu’est-ce que dès lors la fiction ou le
cinéma peuvent révéler de ce présent où la surveillance devient première marchandise
?
MONDO CANE (2008), est le premier spectacle du collectif. Il s’est agi d’examiner comment le corps était atteint par l’immédiateté du fonctionnement des médias, et au travers de leurs raccourcis et habitus de langages érigés en air du temps, comment s’opérait une véritable dictature de pensée, une paupérisation de notre sentiment de réalité. Ici nous avons invité Beckett, Müller, Pasolini et Ginsberg à l’assemblée nationale, à l’université du MEDEF et à la Banque Mondiale.
"Jouer de la collusion entre le verbe du pouvoir, sa morgue, et les chants qui s’élèvent, signaux faibles mais tenaces, les appels…
Entendre par d'autres voix la parole des "puissants ", en comprendre les aboutissants, la réalité que ces paroles fabriquent.
Comment ne pas enfermer le regard de l'autre dans une didactique tout imposée, ne pas imposer encore une « dictature de la narration », tenter encore, tenter d’élucider le réel, ses abysses.
Travailler par montage sur l’hétérogénéité de textes d'actualité, de fragments de discours et de verbe politique, de poésies.
Porter une matière hypothétique, instable et temporaire de textes issus des médias et des discours du contexte actuel, interchangeables, éphémères.
Jouer dans tous les circuits de granges, caves et garages, lieux improbables et catastrophiques où la logique comptable est inconnue, où le débat est possible, l'insoumission légitime, où sans relâche se manifestent la force et la conviction du possible.
Jouer de ces lieux, dans ces lieux." Août 2007, le collectif
Quand nous avons crée le Collectif Permaloso en 2007, nous étions dans la nécessité de nous ré approprier un présent du monde qui nous semblait noyé dans les flux perpétuels de l'information, du vacarme qu'elle engendre et de l'aliénation médiatique qu’elle génère.
Nous nous sentions devenir malades, atteints, dépossédés de l'Histoire en train de s'écrire, de notre propre histoire, du bien commun qu'elle constitue. Nous nous sommes emparés de cette matière médiatique, du relais qu'elle opère sur (et avec) le langage du pouvoir, pour mieux la mettre à distance, la séparer de nos corps et de nos affects, pour mieux la disséquer et l'éclairer d'autres langues, d'autres langages, ceux-là poétiques, philosophiques ou cinématographique.
Les créations-laboratoires
ARGENCRATIE (2013) évoque « Le balcon » de Jean
Genet qui peut être à la fois un espace commercial / espace désirant et un
espace purement théâtral : le lieu où se révèle la perversion, où l’illusion de
la représentation elle-même se pervertit, le lieu de
la monstration du pire de nous même. Un faux cabaret tendu de velours rouge, où
l’on viendrait pleurer sur le présent du monde, en découpant de vrais oignons,
une place publique où se confronte fiction et réalité, un espace théâtral
inversé, où le public prend place sur le plateau, les gradins devenant alors la
projection symbolique d’une société hiérarchisée.
IMMIGRATION 2010/2013, bienvenue dans un monde
de chien :
face à la déferlante d’actes et de paroles xénophobes nous nous sommes attelés
depuis 2010 à un travail de suivi de la politique d’immigration européenne. Ce
travail malheureusement n’a pas de fin, tout comme la marchandisation des corps
n’a pas de fin. Au banquet des
accords de Shengen nous avons mêlés la parole d’un Césaire et d’un Quignard.
l’ŒIL DE RIEN (2011), un projet qui s’est noué avec L’éducation populaire et la LDH et
qui questionne le tout sécuritaire. Ici se joue par effets de miroitements, un
aller retour entre réalité et fiction, l’anticipation permettant de réaliser au
plateau des lieux surveillés, interconnectés. Nous avons fait le constat d’un
monde où l’image est omniprésente, qu’est-ce que dès lors la fiction ou le
cinéma peuvent révéler de ce présent où la surveillance devient première marchandise
?
MONDO CANE (2008), est le premier spectacle du collectif. Il s’est agi d’examiner comment le corps était atteint par l’immédiateté du fonctionnement des médias, et au travers de leurs raccourcis et habitus de langages érigés en air du temps, comment s’opérait une véritable dictature de pensée, une paupérisation de notre sentiment de réalité. Ici nous avons invité Beckett, Müller, Pasolini et Ginsberg à l’assemblée nationale, à l’université du MEDEF et à la Banque Mondiale.
Qui sommes nous?
Le collectif et ses entours...
Nouche Jouglet Marcus - Comédienne
Elle a suivi des formations avec Anatoli Vassiliev, Patrick Haggiag, Joel Pommerat, Alain Gintzburger, Philippe Goyard, Alain Recoing, Pascale Nandillon…
Comédienne depuis 1989 sous la direction de Bruno Boussagol, Bruno
Castan, Pierre Olivier-scotto, Patrick Haggiag , Pascale Spengler, Jean Vincent
Lombard, Dominique Dolmieu, Mustapha Aouar, Estelle Charles, Pascale Nandillon,
Nadege Prugnard, sur des textes tant contemporains que classiques
En 1996 elle crée La boite à chuchotements, tête-à-tête pour un
spectateur. Par ailleurs elle enregistre
régulièrement pour France culture. En 2007 elle participe à la création du
Collectif Permaloso comme comédienne.
Jean- Benoit l'Heritier - Comédien, plasticien
Formé aux Beaux-Arts de Clermont-Ferrand, il poursuit durant une dizaine d'années un travail de plasticien puis se tourne vers le théâtre. Il est depuis quinze ans comédien mais aussi souvent scénographe pour de nombreuses compagnies: les Foirades, l'atelier Hors-Champs, Brut de Béton production... En 2007, il participe à la création du Collectif Permaloso comme comédien et plasticien
Depuis 1993,
photographe indépendant, il fait de nombreuses photos pour l'édition,
l'architecture, la haute-couture. Mais depuis 10 ans il collabore surtout avec
des artistes (Raphael Boccanfuso, Phillipe Caurent, Anne Brégeaut, Phillipe
Cazal …), des centres d'art (CNEAI, CPIF, DRAC) et des Galeries (galerie 108,
Patricia Dorfmann)
Il est régisseur-lumière pour la compagnie Brut de béton
et régisseur-son en 2012 pour la compagnie La Banquette en skaï. En 2007, il
participe à la naissance du Collectif Permaloso dont il partage depuis toutes
les créations, comme vidéaste, régisseur-vidéo, son et lumière.
Barnabé Perrotey - Comédien Fonde en 1989 la Cie « Valsez Cassis » avec François Wastiaux, Agnés Sourdillon et Yves Pagés. Comédien principalement dans le théâtre public, a joué dans plus de 50 pièces depuis 1989, avec Alexis Forestier, Patrick Haggiag, Dominique Dolmieu, Alain Gintzburger, Armel Veilhan, Nathalie Epron, Jean Marc Eder, Louis Guy Paquette, Michel Froehly, Françoise Lepoix, Clyde Chabot, Bruno Sachel, Bruno Boussagol, …des auteurs, principalement contemporains.
Il a été chargé de cours d’ UV pratique en DEUG Cinéma à Paris VIII Saint-Denis. Il a animé depuis 15 ans de nombreux stages , principalement en collège, à Paris et en région. Il rejoint le Collectif Permaloso en 2010 sur le spectacle L'oeil de rien.
Après avoir été professeur de saxophone à l'école de Jazz de Lausanne il effectue plusieurs voyage en Inde et est initié à la musique indienne et aux tablas. Il participe à de nombreuses formations de tout styles et collabore musicalement à des documentaires.
Depuis
1994, il travaille comme musicien et
compositeur dans de nombreuses créations théâtrales . C'est sous son impulsion
qu'en 2007 est crée le Collectif Permaloso dont il est le principal
musicien.
Pierre Bernert - Musicien
Débute la musique par l'apprentissage du violon puis, attiré par la musique rock, la guitare devient son instrument de prédilection. Il fonde une formation ouverte, “Espace prothèse” qui fait intervenir des performeurs, comédiens, plasticiens, danseurs… Toujours attiré par les musiques bruitistes, rock et actuelles, il rejoint le collectif “Cassanova-Frankenstein”. Trois tournées aux Etats-Unis et en France
Débute la musique par l'apprentissage du violon puis, attiré par la musique rock, la guitare devient son instrument de prédilection. Il fonde une formation ouverte, “Espace prothèse” qui fait intervenir des performeurs, comédiens, plasticiens, danseurs… Toujours attiré par les musiques bruitistes, rock et actuelles, il rejoint le collectif “Cassanova-Frankenstein”. Trois tournées aux Etats-Unis et en France
Il travaille comme musicien,
sonorisateur mais également marionnettiste pour l’institut International de la
Marionnette de Charleville-Mézières, et avec Jean-Louis Heckel (La Nef), Alain
Gautré, Pierre Tual, Yoann Pencolé, Philippe Payrau (Cie Anamorphose), la Cie
l'Hiver nu, la cie les yeux creux (Antonin Lebrun). Il rejoint le Collectif
Permaloso en 2008.
Argencratie, corporated cloportes©
EN COURS... TRAVAIL EN COURS... TRAVAIL EN COURS... TRAVAIL EN COURS... TRAVAIL EN COURS... TRAVAIL EN COURS... TRAVAIL EN COURS... TRAVAIL EN COURS... TRAVAIL EN COURS... TRAVAIL EN COURS... TRAVAIL EN COURS... TRAVAIL EN COURS... TRAVAIL EN COURS... TRAVAIL EN COURS... TRAVAIL EN COURS... TRAVAIL EN COURS... TRAVAIL EN COURS... TRAVAIL EN COURS... TRAVAIL EN COURS... TRAVAIL EN COURS... TRAVAIL EN COURS.... TRAVAIL EN...
ARGENCRATIE / Note d’intention
Le capitalisme est un système en crise permanente.
Anselm
Jappe
La crise financière, leitmotiv de début de siècle, n'est pas le produit d'une fatalité, mais d'une ignorance partagée, n’est-elle pas la crise du capitalisme même ?
Depuis un an nous
travaillons à décortiquer la question économique. Nous nous sommes amusés à tordre la langue
des VIP de l'expertise, et avons portés une oreille attentive aux voix
discordantes. Nous avons tenté une écriture propre à cette histoire, l'histoire
singulièrement tragicomique de l’enchaînement des faits et gestes de la finance
aux commandes mondiales.
Que
reste-t-il dès lors au politique ?
Que
devient le corps social ?
Comment
peut-on encore travailler, comment le travail nous fait-il, nous travaille
t’il ?
Travaillés par l’argent, que devient notre perception du temps et de la
réalité ?
Nous n’avons tenté aucune
réponse, mais interrogé un système et ce que deviennent les corps quand ils
sont impliqués dans la question du mercantilisme fait système ; ce peut
être simple et complexe, monstrueux, voir incompréhensible mais c’est à rire et
à pleurer tant la bêtise qui gouverne et s’octroie le monde est crasse.
J'ai trouvé une faille dans l'idéologie capitaliste.
Je ne sais pas à quel point elle est significative ou durable, mais cela m'a plongé dans un grand désarroi
Alan
GreenspanPrésident de la FED(Banque centrale
américaine)1987 – 2007
ARGENCRATIE /Début de dramaturgie
Parmi les éléments qui brouillent la
compréhension du monde de la finance, il y a tout d’abord un premier paravent à
désocculter : sa complexité supposée, qui empêcherait le commun des
mortels d’y comprendre quoi que ce soit. Ensuite il y a le dénigrement systématique
de toute pensée critique faite à une science qui se voudrait exacte ;
l’économie néo libérale.
Notre réel, notre espace d’action est
donc malheureusement tissé de fausses évidences. Pour le donner à voir, nous
nous sommes obligés à mastiquer la langue sèche et triviale des communicants en
marketing :
Tout
les matins faut se lever, faut s'arracher, faut le prendre son oseille
sur la journée, c'est pas aisé hein ?... Et je vous jure, c'est plein de
satisfaction. Donc, je vous jure, c'est ça la vraie vie, c'est ça
auquel on va se préparer, vous le savez ça, hein, c'est hyper important
que vous ayez ça en tête. on est en train de préparer aussi votre
confiance d'accord? La connaissance de vous-même. pour pouvoir avancer
il faut avancer sur des certitudes. j'ai bien dit des certitudes. est-ce
que vous avez tant de certitudes que ça sur vous?
Extrait d'une préparation au concours d'HEC
Extrait d'une préparation au concours d'HEC
Et aux clichés nous avons ajouté encore d’autres évidences :
Caroline Young : Il faut permettre aux entreprises
une plus grande flexibilité, de manière à ce qu’elles puissent créer
sereinement des emplois lorsqu’elles en ont besoin.
Intervieweur : Et donc ça veut dire aussi, pouvoir
licencier - plus facilement ?Caroline Young : Absolument !
Playback de la présidente d’Expert Connect, cabinet de lobbying
Comment
ne pas penser à la fameuse phrase du Guépard :
Il faut que tout change pour que rien ne
change
ARGENCRATIE
explore une dramaturgie ouverte, où l’aléa du
montage des situations croise et génère des contenus inattendus par
juxtapositions brutales des citations, et ouvre de nouvelles voies de réflexion
ARGENCRATIE /La finance comme spectacle, kaléidoscope de vanités
Si j'ai de l'argent j'ai les moyens d'être moi, si je cherche les moyens d'avoir de l'argent je suis cohérent avec moi, je deviens cohérent, je deviens uni.
Si je pense à l'argent je suis moi,
je suis au plus proche de moi,
je deviens constitutif.
C’est un effondrement des bavardages inutiles.
Christophe Tarkos, L’argentChaque jour, le « système économie » se survit à vue, et c’est cette survie qui se donne en spectacle dans tous les médias.
La gouvernance
mondiale est basée sur l’exploitation systématique de tout ce qu’il y a
d’automatique en nous, l’exploitation par le travail, l’automatisme de la
technique aussi bien que l’automatisme de notre cerveau reptilien. Détruisant
désir et sociabilité et déliant les pulsions.
Nous
qui sommes vides sans affaires, sans rien, nous qui avons toutes les
possibilités qui s’ouvrent devant nous pour avoir de l’argent, nous sommes des
possesseurs de l’argent. La loi est l’unique brutalité. Christophe Tarkos
Il nous reste à interroger le rapport entre d'un coté le bordel financier véhiculé par les médias, et de l'autre la psychologie d’impuissance qui construit notre présent social, là où notre fétiche démocratique ne semble plus d’aucun secours et où les slogans de nos dirigeants deviennent état de fait.
Nous nageons entre deux mondes, nous savons tous que notre temps est un
temps intervallaire,un chemin incertain, démocratie est aussi
aujourd’hui un mot intervallaire et incertain, un mot qui ne sait pas
d’où il vient et où il va, ni même à proprement
parler ce qu’il signifie, un mot qui ne fait que couvrir notre désir
passif de confort,la satisfaction où nous sommes de notre misère partielle.
Alain Badiou
ARGENCRATIE / Scénographie
Alain Badiou
ARGENCRATIE évoque « Le balcon » de Jean Genet qui peut être à la fois un espace commercial / espace désirant et un espace purement théâtral : le lieu où se révèle la perversion, où l’illusion de la représentation elle-même se pervertit, le lieu de la monstration du pire de nous même. Un faux cabaret tendu de velours rouge, où l’on viendrait pleurer sur le présent du monde, en découpant de vrais oignons, une place publique où se confronte fiction et réalité, un espace théâtrale inversé, où le public prend place sur le plateau, les gradins devenant alors la projection symbolique d’une société hiérarchisée.
Au centre trône la
démocratie, l’idée de liberté encore à vendre, l’urne « élective »
assiste et survit à l’indignation des faits, de la crise, de la montée des
extrêmes et de leurs spectres sur la scène européenne. La démocratie
instrumentalisée prend ici le rôle du premier des spectateurs,
le miroir où tout se réfléchit, et que devient-elle alors, la démocratie, là où
l’Histoire est la résultante de la collusion entre des strates d’histoires dont
la logique n’est que pure cupidité ?
Je crois que l'on voit poindre la
lumière au bout du tunnel. En Europe, nous nous complaisons dans le doute.
C'est une attitude très négative que nous devons changer. Notre propre
expérience nous a montré la difficulté d'imposer une politique courageuse de
réformes face à une vague de manifestations. Mais si l'on garde le cap, les
peuples s'en portent mieux au bout du compte.
Guido WESTERWELLE, Ministre allemand
des affaires étrangères, 2012
La démocratie
survit elle à ceux-là qui la vilipende ?
ARGENCRATIE / Le temps comme dommage collatéral
Un système qui se justifie et se renforce dans la seule nécessité
d'obtenir des gains à court termes est un bon produit d'appel, le temps qu'il
faut pour être critique, penser et construire n'est plus d'aucune
importance : il est déjà vendu. Nous avons braqué le projecteur sur ce
scénario aux visions court termistes mises bout à bout.
Tout est comme si, effectivement, le temps nous avait été dérobé. Reste cette
phrase de Walter Benjamin comme un recours :
Ecritures collectives extraites de :
Alain Badiou
« Quelques
images du temps présent », conférence à la Sorbonne, France Culture, 2013
François
Ruffin
« Vive
la banqueroute », écriture collective
Boris Carré
et François-Xavier Drouet
«
L’initiation », verbatim extrait du film, 2008
Alain
Resnais,
« Je
t’aime, je t’aime », verbatim extrait du film, 1968
Ecriture
collective
« Gommettes
cochon » d’après un témoignage, France culture, 2013
Christophe
Tarkos,
« L’argent »,
extraits, 1999
Pascal
Quignard
« Les
solidarités mystérieuses » en projection, 2011
Interview de
Caroline Young, présidente d’Expert Connect
France Inter,
« Là-bas si j’y suis », playback,
2013
Liliane
Bettencourt et Patrice De Maistre, enregistrement
Frenchleaks,
playback, 2010
Pierre Sarton
du Jonchay,
« La
plus grande arnaque juridico mathématique de tous les temps », Paul
Jorion.com 2013
Ecriture
collective
« Intérieur
berline noir », 2013
Pierre Carles
« Le
désarroi esthétique », verbatim, 1996
Walter
Benjamin
Jean Genet
« Le
balcon », 1956
ARGENCRATIE
Corporated.cloportes
©
L'oeil de rien
l’Œil de Rien a été crée sur une commande de la Fédération des MJC en île de France (Education polulaire), la création a été finalisée pour l’Art lanceur d’alerte, organisé par la revue Cassandre / Horschamp et Le vent se lève!
Nous
remercions le Théâtre Paris-villette et le Studio Campus pour leur aide à cette
recherche.
Des libertés publiques et de la vidéosurveillance en particulier
- Très bien merci je vous en
prie.
J'ai noté : - Défoncez-moi les frontières de l'intime.
J'ai noté : - Faire voir, faire croire, faire obéir.
J'ai noté : - “Everything is under control”.
J'ai noté : - Intime exposé, intime extorqué.
J'ai noté : - Les temps sont durs pour les pornographes.
J'ai noté : - Les scientistes sécuritaires.
J'ai noté : - Mais rien n'est perdu tant qu'il y aura l'homme parlant…
...et ses ardeurs de miaou miaou noctambules...
"La vérité est notre business, nous offrons la seule
mesure du mensonge dans l'histoire de l'humanité. Fiable à 93%. Si votre parole
ou votre réputation sont mises en cause contactez-nous pour un test validé
scientifiquement."
Cephos corporation
Du fantasme sécuritaire au fantasme technologique du
traitement de masse : la gabegie de la vidéosurveillance. De l'effarante
insensibilité de l'image transmise par la sensibilité des capteurs, l’Œil de
Rien, ou comment renvoyer un réel sensible à notre humanité devenue désormais
suspecte.
L’individu est toujours prêt à se soumettre à la nécessité,
pourvu que le vocabulaire de la liberté soit sauvegardé, et qu’il puisse parer
son obéissance servile de la glorieuse énergie d’un choix libre et personnel.
Jacques Ellul, L'illusion politique
l’Œil de Rien est le résultat d’une réflexion sur la
politique du tout visible, conduite dans l’optique illusoire du risque zéro. Il
réunit des textes épars aussi bien d’origine institutionnelle,
cinématographique que littéraire.
Cette construction que nous avons voulue hybride, se veut à la fois une traversée du miroir du médium vidéo, mais aussi un chant qui comprendrait tout à la fois l’espace sonore de nos villes hyper techniciennes et la voix archaïque du premier geste désirant de l’homme.
Cet objet expérimente le va-et-vient entre deux possibilités fondamentales de l’image: l’utilisation qui la transforme en un outil de pouvoir et son contrechamp ; la part faite sienne que porte toute image, l’imaginaire que l’on se crée « en secret », cette singulière nécessité d’une construction imageante qui fonde le sujet intime.
l’Œil de Rien tente ainsi de faire lien dans la multiplicité
des regards aveugles ou échangés, images grand-angle que des
ordinateurs-sans-nombre enregistrent à perpétuité, images répertoriées mais le
plus souvent jamais vues, et l’image exposée, surexposée, ce que le
psychanalyste Gérard Wacjman intitule l’intime extorqué.
l’Œil de Rien est un espace de jeu, où l’on s’interroge sur
la validité de la technique pensée comme fin en soi. C’est avec les résidus
jetables du toujours tout-nouveau-tout-beau que s’est construit le plateau ;
finalement le décor rejoint comme une évidence "l’accessoire" qui est
notre espace quotidien, jetable et paradoxalement validé comme essentiel. Il
tente une image retournée du « nécessaire accessoire ».
l’Œil de Rien
« L’égalité du regard, cette suite si
proche du rituel de la séduction, je la vois, elle m’a vu, elle sait que je la
vois, elle m’offre son regard mais juste à l’angle où il est encore possible de
faire comme s’il ne s’adressait pas à moi, et pour finir le vrai regard, tout
droit, qui a duré un vingt-cinquième de seconde. Le temps d’une image. »
Chris
Marker, Sans soleil
C’est
suite à une commande portant sur les libertés publiques et spécifiquement sur
la vidéosurveillance, en septembre 2010, par la Fédération des MJC d’île de
France dans le cadre de l’Education populaire et pour un public adolescent, que
nous avons porté notre attention sur cette mise en image coercitive du monde.
Ayant
une connaissance limitée de cette thématique, nous avons commencé par chercher
une première matière textuelle, essentiellement via le net, sur des sites dédiés
à la surveillance tout à la fois vendeurs ou critiques.
La
première matière sur laquelle nous nous sommes appuyés est celle du "Livre
bleu", ouvrage écrit par le lobby des industriels et de l’armement*. Ce
livre, véritable promoteur d'un changement idéologique justifie le tout
sécuritaire, dans le prétexte de protéger la population. En réalité, c’est
l'utopie d'une croissance générale, qui n'a pour objectif que des profits
circonscrits et très particuliers. Son souci étant en premier lieu
l'acceptation par la population de la surveillance, il préconise "des applications de confort ou
ludiques"**.
Dans
cette première étape et pour répondre à cette matière âpre, il nous a fallu
introduire du sensible, du poétique et comble d'ironie du ludique. Nous avons
rêvé alors largement sur les interrogations contenues dans la littérature et
les films qui qualifient le monde de « dystopique » (contraire
d’utopies) : 1984, Fahrenheit 451,
Alphaville…
*Il est intéressant de constater qu’en
bien des points la loi Loppsi 2 ne fait que répondre, à quelques années
d’intervalles, aux préconisations du Livre bleu.
**Dorénavant
sur le marché du jouet nous trouverons des poupées avec caméras incorporées,
des drones, ou pour les plus grands des possibilités de géolocalisation Ipad, Ipod, Gps, "ludiques, pratiques et conviviales
Enfoui
dans la nuit. Etre enfoui tout entier dans la nuit, comme il arrive
quelquefois qu'on enfouisse la tête pour réfléchir. Tout alentour les
hommes dorment, c'est une petite comédie qu'ils se donnent, une
innocente illusion, de penser qu'ils dorment dans des maisons, dans des
lits solides, sous des toits solides, étendus ou blottis sur des
matelas, dans des draps, sous des couvertures ; en réalité, ils se sont
retrouvés comme jadis, et comme plus tard, dans une contrée déserte, un
camp en plein vent, un nombre d'hommes incommensurable, une armée, un
peuple, sous un ciel froid, sur la terre froide ; chacun s'est jeté sur
le sol là où il était, le front pressé sur le bras, le visage tourné
vers la terre, respirant paisiblement. Et toi, tu veilles, tu es un des
veilleurs, tu aperçois le plus proche à la lueur de la torche que tu
prends du feu brulant à tes pieds… pourquoi veilles-tu ? Il faut que
l'un veille dit-on ! Il en faut un !
Franz Kafka
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